Châteauvieux

Châteauvieux

Bel édifice médiéval de Seynod, Châteauvieux dresse toujours son antique silhouette au hameau de ce nom. Implanté sur une colline, il surveillait l'unique route d'Annecy à Chambéry par Sacconges, ainsi que l'embranchement qui partait de cette voie en direction de Seynod.

D'abord propriété des comtes de Genève, il passe ensuite par mariage à la famille Pelard. Récemment anobli, Henri Pelard reconstruit en grande partie l'édifice et lui transfert le nom de Châteauvieux d'Alby, domaine dont il a racheté les droits. C'est à cette époque que les Pelard ont fait figurer leur blason, accosté de celui des Genève-Boringe, au-dessus du portail d'entrée ainsi que sur un manteau de cheminée à l'intérieur avec la date de 1594.

En 1698 la famille Pelard de Châteauvieux vend le domaine aux Lucas Seigneur d'Aléry. Redevenue propriété d'un Pelard, son fils le recède en 1759 à Charles-Antoine-de-Mareschal-de-Luciane. Onze ans plus tard, c'est le sénateur Biord qui est propriétaire du domaine jusqu'à la Révolution. Vendu comme bien national, il est converti en exploitation agricole.

En 1871 la propriété est vendue pour moitié par Dame Jeanne Péronne Prodhom, veuve Jean Duchesne, rentière et habitant à Annecy. Et pour l'autre moitié par ses neveux Valentin Dupraz, célibataire, et Antoinette Dupraz, épouse de M. François Thevenot, domiciliés à Soral, canton de Genève (Suisse). La succession fait suite au décès "vers le mois d'août mille huit cent soixante sept" de leur père et grand-père le Sieur Prodhom Pierre.

Le nouveau propriétaire est M. Michel Chappuis, fils majeur du défunt M. Louis Joseph Chappuis, né et domicilié à Seynod, à ce, présent et acceptant...

Selon les termes de l'acte de vente, "l'ensemble ne forme qu'un seul corps de ferme soumis à la même exploitation appelé ferme et domaine de Châteauvieux, nature château en ruines, maisons, bâtiments, cour et placéage, champs et prés", d'une superficie d'une dizaine d'hectares et confiné par les propriétaires Mme Velland, Mme veuve Grivaz et M. Marie Déruaz.

Dans cette vente se trouvent compris "les fourrages et ensemencés que le fermier actuel doit laisser à sa sortie du dit domaine et encore tous les engrais à faire par le fermier d'ici au premier mars prochain et un coffre à grains existant dans les bâtiments vendus".

On a vu dans l'acte de vente que l'édifice principal ou château est en ruine. Il convient donc de saluer le courage du nouvel acquéreur, M. Michel Chappuis de l'avoir restauré, sans doute au prix de lourds sacrifices et de l'avoir ainsi sauvé. En effet, il aurait pu être détruit pour faire place à une construction plus moderne. 

C'est là qu'on touche à un aspect méconnu de la mentalité des gens de la terre, à savoir l'amour du patrimoine de leur village et le sauvegarder autant que faire se peut. Beaucoup de châteaux, ne serait-ce que dans la région, existent encore grâce à leur acquisition sans esprit de vanité par la classe paysanne. Bien qu'adaptés à l'activité agricole, ces édifices ont néamoins pu être sauvés. Et c'est avec une peine infinie qu'il a fallu parfois s'en séparer après plusieurs générations...