La maison rouge

La maison rouge

Cette ancienne et belle propriété disparue a laissé un souvenir vivace aux habitants de Seynod de souche mais aussi de tous ceux du secteur qui empruntaient souvent la nationale 201dans les années 1960. L’imposante bâtisse en équerre dominait celle-ci à droite en sortant d’Annecy. Une magnifique allée de platanes qui existe toujours permettait autrefois aux calèches d’y accéder.

Déjà appelée Maison rouge, au lieu dit Taillefert sur le cadastre sarde de 1730, on peut supposer que ce nom lui venait de sa toiture en tuiles à l’origine à une époque où le chaume était la couverture de base des habitations. La propriétaire est alors dame Henriette Falconnet. La surface globale des terres réparties en 24 parcelles de différentes natures est de 28 journaux de Piémont soit environ 13 hectares. La maison elle-même prolongée d’une grange et sans aile d’angle, est entourée d’une pièce de terre de plus de 6 hectares composée d’une cour, d’un jardin, d’un verger, d’une pépinière, de prés et de pâturages. Le reste des terres dispersé à Champfleuri et à Malaz comprenait des champs de culture, des prés, un marais et des teppes (terres peu productives).

L’accès à l’habitation s’effectuait par l’actuelle rue du Pré de la fontaine, en fait une ancienne route qui, venant d’Annecy par le chemin de la Croix rouge rejoignait la route des Neigeos.    

Cinq autres familles Falconnet possédaient maisons et terres au village de Taillefert en 1730, formant peut-être à l’origine avec la Maison rouge une seule propriété partagée ensuite.

En 1774 le domaine de Maison rouge change de propriétaire ainsi qu’on peut le lire dans le livre de transport du cadastre où sont consignées les mutations foncières, et archivé à la mairie de Seynod :

      L’an 1774 et le 19 août ensuite de l’annotation faite dans le livre journalier… la cotte est passée à celle du sieur Hiacinthe Brunier…

Près d’un siècle plus tard le cadastre de 1865 mentionne que le domaine appartient à Charles et Amédée Brunier « frères d’Annecy ».

Nous remarquons au bas de la carte la Voie impériale, actuelle nationale 201, créée en 1846. Un chemin rectiligne part de celle-ci et aboutit à l’habitation. C’est l’allée de platanes probablement aménagée après la construction de la voie. Cette allée compte encore de nos jours 34 arbres superbes disposés sur deux rangées. C’est une agréable promenade ombragée entre l’ensemble Appart’ city et la Fondation d’Auteuil.

La Maison rouge comprenait une aile d’habitation bourgeoise sur trois niveaux qui fut agrandie au début du 20e siècle, ainsi qu’une ferme dans l’aile perpendiculaire. Le logement du fermier sur deux niveaux était situé à l’extrémité puis se succédaient une grange et deux écuries. Malgré ses murs solides l’imposant bâtiment était devenu au fil des années bien inconfortable faute d’entretien par les propriétaires qui de plus y résidaient peu. Les fenêtres joignaient mal et laissaient passer la bise. Quant à l’état des planchers… une dame Brunier passa un jour au travers jusqu’à la taille mais fut retenue par un meuble de la pièce du dessous.

Plusieurs familles de fermiers se succédèrent durant les dernières décennies pour cultiver le domaine : les Viollet y restèrent une quarantaine d’années. Le père conduisait les propriétaires en calèche à l’office du dimanche ; la famille Beauquis y demeura de 1915 à 1932. La famille Martinod sera la dernière, de 1947 à 1962, à exploiter le domaine qui sera ensuite vendu à la société immobilière à l’origine de la Zup de Champfleuri. Le bâtiment sera déconstruit durant l’hiver 1966-1967. Son emplacement longtemps resté libre est devenu parkings récemment.

Quant à Mr et Mme Martinod, le premier deviendra chauffeur au tout nouveau service intercommunal de collecte des déchets ménagers de Seynod. La seconde vendra sa production potagère dès la création du marché de Champfleuri en 1972.

Nous les remercions sincèrement pour l’évocation de leurs souvenirs et la communication de leurs intéressantes photographies.